10 janvier 2004

Tintin: du neuf avec du vieux

Voici 75 ans  naissait Tintin. Dans une étude, il endosse le costume du surenfant, dans une autre, il offre un passé colonial à la Suisse.

 

Il est paradoxal de fêter l'anniversaire d'un héros qui ne prend pas une ride. Tintin est apparu, pour la première fois, le 10janvier 1929 dans la  presse belge, soit il y a septante-cinq ans, jour pour jour. L'an passé, ce sont les 20 ans de la mort d'Hergé qui ont été le prétexte à toute une série d'événements et de publications. Une nécessité, faute de nouveautés, pour  maintenir un régime à la machine éditoriale. En 1999, pour les 70ans du reporter à la houppe, on a formaté Au pays des Soviets, sa première aventure, aux dimensions de la collection abritant les 22 autres titres. Et de 23, dont un  noir et blanc à 141 pages au lieu de 62! Cette année, on passe à 24. Miracle? Presque, car L'Alph-Art, projet inabouti, ne dépasse pas le statut de caricature d'album. Le scénario ne culmine pas et le dessin en reste aux esquisses,  mis à part le crayonné des trois premières planches.

Ironie du sort, le Festival d'Angoulême renonce, cette année, à l'appellation d'Alph-Art pour ses prix. Mais la nouveauté se trouve ailleurs. Les Editions Moulinsart, qui  multiplient les ouvrages autour de l'œuvre et de son créateur (lire nos éditions du 20 décembre dernier), publient un essai qui marque par sa concision et sa clarté. Metteur en scène, écrivain et tintinologue, Jean-Marie  Apostolidès peaufine l'image du surenfant. S'appuyant sur une lecture comparée des univers de Tintin et de Jo et Zette, il montre comment le premier, contrairement aux seconds, parvient à réconcilier enfance et âge adulte et  accéder au mythe.
A ses yeux, l'asexualité permet au héros de découvrir la limite de la puissance paternelle. Slalomant entre les figures du Grand Cric, alias les méchants Rackham et Rastapopoulos, celles du bouffon et du  savant, il découvre en Tintin le germe de "la charge explosive qui a permis l'effondrement de la structure patriarcale dans la seconde moitié du XXe siècle". Ça se lit bien.
En Helvétie
Plus près de nous, comme l'a  révélé le journal La Gruyère, Jean Rime, Charmeysan, 17ans, décortique, lui, dans Tintin reporter de L'Echo illustré au pays des Helvètes, les liens entre le Belge au cœur pur et la Suisse. Tintin, on le sait, a débarqué chez nous  par la filière catholique. Et le reporter du Petit Vingtième de devenir celui de L'Echo illustré. Ce qui dote le pays de Tell d'un passé colonial: car, au Congo, Tintin dans L'Echo apprend aux petits Noirs que leur patrie est la  Suisse! Cette étude se consulte à la Bibliothèque publique de Bulle.

Michel Rime